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Culture Scientifique et Technique
Université Paul Sabatier - Toulouse 3, le 7 avril 2003
Le Président de l’Université Paul Sabatier, Jean-François Sautereau, exprimé son attachement à entreprendre et développer une réflexion pour une meilleure visibilité des activités d’enseignement et de recherche de notre Université.
C’est dans cet esprit qu’avec Catherine Gadon, Responsable du Service Culture de l’Université, il a soutenu l’organisation d’une journée de rencontres et de réflexions entre les différents partenaires de l’Université et les structures de diffusion de la culture scientifique et technique.
L’objectif était de confronter les missions de chacun et de dégager des pistes de travail pour donner plus de cohérence et plus de synergie entre nos différents établissements.
I - Tour de Table
Muséum, Jean-François Lapeyre Conservateur en Chef et Directeur du futur Muséum d’Histoire Naturelle de Toulouse :
Le Muséum est un acteur en devenir puisque les travaux commencent : cette année et l’ouverture est programmée pour 2005. D’ici là, il a en charge un patrimoine qu’il se prépare à présenter au public et aux différents acteurs amateurs et consommateurs de culture scientifique sous un angle complètement revisité et décloisonné. Nous souhaitons un positionnement de l’établissement différent de celui qu’il avait auparavant, c’est à dire, nous le souhaitons à la croisée des chemins des regards portés sur l’être humain, la nature et l’environnement. Il s’agirade décloisonner des sciences.
Nous espérons placer cet outil de façon nouvelle au service du public mais aussi à des fins scientifiques. Notre communication en termes de culture scientifique et technique se veut très large, pluridisciplinaire et elle ne fermera pas la porte aux approches sensibles. Nous laisserons aussi une place à l’art ou plus largement aux formes d’expression vivantes. Le projet ne se limite pas à un bâtiment mais s’implante aussi sur des espaces extérieurs, avec le Jardin des Plantes et le jardin Botanique Henri Gaussen pour lequel une convention a été établie avec l’Université Paul Sabatier. Nous structurons deux autres espaces naturels protégés dans la ville de Toulouse, le jardin botanique créé spécialement et un jardin botanique potager pour pouvoir toucher une thématique forte de l’humain et de son rapport à la nature et à son alimentation, sujets qui renvoient au cosmopolitisme spécifique à Toulouse.
Science Animation, Main Tournier, Directeur du Centre de Culture Scientifique et Technique Industrielle de Midi-Pyrénées (CCSTI) :
Cette structure fait partie d’un réseau, il y a actuellement en France 27 CCSTI, structures labellisées par le Ministère de la Recherche et couvrant à peu près l’ensemble du territoire, sauf deux régions. Notre mission est tout d’abord de diffuser la Culture Scientifique et Technique par l’information sur des questions scientifiques et techniques et de mettre la science en réseau à travers des acteurs de notre région. Nous avons pu repérer 350 acteurs, qui sont tout à fait différents (établissements scolaires qui interviennent de façon ponctuelle ou centres permanents qui peuvent être de manière diverse confrontés aux questions scientifiques par l’organisation de débats, d’expositions, etc...). La Fête de la Science offre l’occasion de mettre tous ces acteurs en réseau. Le deuxième objectif des CCSTI est de mettre la science en débat sous forme de conférences. Un autre domaine important est récole où nous tentons de mettre en place des actions de valorisation de la culture scientifique, d’abord avec l’organisation de l’Exposcience, et nous sommes d’ailleurs très heureux que l’Université soit associée à cette manifestation où il s’agit d’associer des jeunes de différents pays par la réalisation d’une exposition ou d’un projet scientifique. Un autre point est la question des publics. Nous essayons de tpucher tous les publics et nous sommes très attachés à la réalisation d’expositions, petites ou plus grandes, qui ont pour objectif de répondre à la structuration de notre réseau. Nous les diffusons gratuitement dans la Région et nous travaillons aussi avec de gros centres de création inscrits dans la charte des CCSTI.
Cité de l’Espace, Christophe Chaffardon, Responsable éducatif :
Inaugurée en 1997 à l’initiative de la Mairie de Toulouse, il s’agit d’une structure d’économie mixte, gérée par la Mairie et différents partenaires industriels, comme ASTRIUM, et institudonnels, par exemple le CNES, Météo France etc...
Trois objectifs vulgariser les scïences spatiales en raison de la situation de Toulouse comme ville européenne de l’Espace - donc lieu éducatif -, en faire un lieu touristique, être une vitrine des industries spatiales locales.
Après l’ouverture de la Cité de l’Espace, II était prévu 160.000 visiteurs et 320.000 sont venus. Ce fut un succès, notamment grâce à son image éducative.
Nous avions conçu un projet d’exposition interactive, un peu dans l’esprit de ce qui se fait à la Villette, mais aussi le développement d’interactivités, avec immersion, c’est à dire la réalité virtuelle. Nous travaillons particulièrement avec le milieu scolaire, nous recevons environ 60.000 à 70.000 scolaires par an ; nous nous intéressons aussi aux étudiants, d’ailleurs nous devons signer une convention réactualisée avec l’Université Paul Sabatier, convention prise en charge et suivie par le Service Culture. Nous avons constaté, comme le Muséum d’Histoire Naturelle mais aussi comme le CCSTI, l’émergence du besoin d’inscrire la question de la science en la reliant à l’Homme. Humaniser la science, relier la science à l’homme, c’est à dire placer le vecteur humain dans les propositions interactives jugées parfois trop froides.
Nous assistons à une baisse de la fréquentation, en particulier les scolaires ; nous avons plusieurs hypothèses, liées à la conjoncture, mais nous nous interrogeons aussi sur l’image de la culture scientifique.
Archives Municipales de Toulouse, Catherine Bernard, Adjointe du Directeur :
Les missions des Archives Municipales sont de collecter, conserver, classer et communiquer les documents des services municipaux en majorité, et ensuite de compléter ces fonds avec des fonds privés, des fonds d’associations, d’entreprises, de particuliers, pour constituer une mémoire de la ville la plus complète possible, en donnant accès à ces documents à tous les publics, (étudiants, chercheurs, généalogistes, historiens amateurs). La CST est une de nos préoccupations. En 2000 nous avons organisé une manifestation " Quelle mémoire pour demain ?" où nous nous sommes posé la question - à travers une exposition "Cité mémoire" et des journées de forum - de la mémoire historique, la mémoire artistique, la mémoire scientifique.
Nous avons quelques fonds scientifiques, en particulier les fonds de l’Observatoire Midi-Pyrénées en accord avec les Archives Départementales. Par exemple, l’année dernière nous avons organisé une exposition " Observer les étoiles " sur l’astronomie toulousaine du 17ème siècle jusqu’au début du 20ème siècle (jusqu’à la guerre de 1914).
Archives Départementales, Geneviève Douillard, Adjointe à la Direction :
Les missions générales des Archives viennent d’être expliquées, je ne vais donc pas intervenir sur ce sujet, mais plutôt insister sur la mission spécifique des Archives Départementales, qui doivent notamment conserver les archives des services de l’Etat et des établissements publics, donc des Universités. C’est à ce titre qu’en 1974, nous avons reçu un gros versement de l’Université Paul Sabatier, dont les plus anciens documents remontaient à 1880. Lorsque l’on regarde de près ce fonds, on constate qu’il s’agit en particulier de documents concernant la Faculté de médecine et de pharmacie et en ce qui concerne les autres matières, elles sont fort peu représentées. Comme depuis 1974, nous n’avons eu que trois petits versements dans les années 80, qui concernent en fait des échantillonnages de copies d’examen, et depuis 1983 nous n’avons plus aucun signe de l’Université, nous sommes ravies d’être présentes à cette journée et espérons qu’elie va permettre de renouer le dialogue, tout en nous demandant où se trouve ce qui n’est pas chez nous.
Le Service du Livre ancien, Marielle Mouranche, Conservateur (SICD) :
C’est un Service inter-universitaire de création récente puisqu’il ne date que de 1996 ; il a pris la suite d’une Mission patrimoine créée en 1993. Il est au service des différentes Bibliothèques Universitaires de Toulouse, pour tout ce qui concerne les fonds anciens, c’est à dire jusqu’à 1815.
Pour ce qui est du patrimoine écrit des 19ème et 20ème siècles, il est de la responsabilité de chaque Bibliothèque Universitaire. Le fonds est constitué d’environ 5000 volumes pour le fonds de médecine et 1700 volumes pour le fonds de sciences, avec une histoire particulière puisque la bibliothèque a entièrement brûlé en 1910. Le rôle du service, c’est d’assurer à la fois la conservation, la mise en valeur et éventuellement l’enrichissement de ce fonds. La conservation par des mesures préventives qui sont à peu prés réalisées et des mesures curatives qui peuvent aller jusqu’à la restauration d’ouvrages, soit dans l’atelier municipal et national de Toulouse, soit chez des restaurateurs particuliers. La mise en valeur passe par le catalogage, l’informatisation sur le réseau universitaire et le Catalogue collectif de France. Elle se fait aussi par la réalisation d’expositions qui permettent, pour un temps assez bref, de présenter l’étendue de ce patrimoine. Il est intéressant que des universitaires s’impliquent en rédigeant par exemple des introductions qui permettent de ne pas proposer le matériau brut et de mieux faire comprendre l’intérêt de ces textes.
Bibliothèque Universitaire Secteur Science de l’université Paul Sabatier, Sandrine Malotaux, Conservateur :
Les bibliothèques universitaires et les décrets qui les régissent n’ont pas de claires missions patrimoniales, aussi le problème le plus important concerne les documents patrimoniaux récents, c’est à dire sifflés après 1815. Autant il est facile d’obtenir des subventions pour avoir des moyens supplémentaires et des moyens en personnels pour gérer le patrimoine le plus ancien, surtout lorsque l’on décide comme à Toulouse de se regrouper pour créer un service de coopération inter-universitaire, autant pour les documents du 19t et 20C siècles, c’est plus difficile. La Bibliothèque de sciences possède à peu près 2000 mètres linéaires de documents antérieurs à 1940. Ce sont essentiellement des collections de périodiques, à peu près 1700 mètres linéaires de périodiques, ce sont des collections classiques pour des domaines comme les mathématiques, la chimie, la physique. En revanche pour ce qui est des sciences naturelles et notamment la botanique, la zoologie, la paléontologie, la géologie, ce sont des collections extrêmement riches.
Les problèmes rencontrés sont des problèmes classiques de toutes les bibliothèques du monde. Le papier du xir et du XX(r siècle est un papier de très mauvaise qualité qui se décompose, et ce phénomène est encore renforcé lorsque les conditions de conservation ne sont pas optimales. En clair notre problème est de posséder 2000 mètres linéaires de documents en mauvais état, 2O% de documents incommunicables (400 mètres linéaires), et comme nous n’avons pas de réelle mission patrimoniale, nous rencontrons de très grandes difficultés pour obtenir des moyens humains et des crédits pour traiter ces documents. La seule chose que nous puissions faire, c’est de les mettre en boîtes pour les protéger.
Le CNRS Délégation Midli-Pyrénées, Marie Aizpuru, Assistante de la Direction :
Notre grande chance mais aussi notre grande difficulté est notre grande multidisciplinarité. Toutes les disciplines sont représentées au sein des laboratoires du CNRS. Sur Toulouse, nous avons 96 laboratoires. Nous essayons au sein de la Délégation d’inciter, d’aider chaque laboratoire à faire des démarches de vulgarisation scientifique. Certains sont totalement autonomes et font déjà un énorme travail, mais nous sommes là pour les aider soit financièrement soit en logistique. On essaie de se grouper au niveau de démarches locales et nationales pour mettre en relation les laboratoires et les structures de vulgarisation scientifique.
Inserm Toulouse, Hélène Grandjean, Directeur de Recherche :
Nous participons aux activités de vulgarisation scientifique, Fête de la science ou plusieurs autres manifestations.
Maison de la Recherche, Pierre Fraixanet, Université Toulouse Le Mirail :
La mission de ce Service est la valorisation de la recherche scientifique qui revêt rarement les mêmes formes que les sciences exactes, à savoir que nous n’avons que très rarement l’occasion de déboucher sur des produits industriels. Nous allons plutôt vers des produits culturels. Une grande partie de nos activités est le suivi logistique de Colloques internationaux clés en mains confiés par le Conseil Scientifique, ensuite nous proposons des expositions documentaires itinérantes pour certaines disciplines. Enfin nous jouons un rôle d’interface pour des demandes concernant les contacts de tel ou tel chercheur ou discipline. Nous sommes d’ailleurs en train de préparer un catalogue sur ces ressources pour pouvoir les proposer à des partenaires extérieurs. Nous allons lancer la production de produits type CDRom que l’on ne trouve pas actuellement sur le marché et qui peuvent être des produits culturels innovants.
Le Service Culture de l’Université Paul Sabatier, Catherine Gadon :
Créé depuis un an, le Service Culture a trois grandes missions. L’une concerne la culture scientifique et technique dans sa dimension patrimoniale mais aussi au coeur des grands débats contemporains ; un autre volet porte sur le rapprochement entre l’art et la science, lorsque l’art ou l’artiste a recours aux concepts scientifiques ou aux technologies pour élaborer son oeuvre, mais aussi lorsque la science est prise comme un matériau culturel propice à l’élaboration d’une création artistique.
C’est ainsi que nous avons sollicité la création de deux spectacles : l’un à partir d’un extrait Des Dialogues sur les deux plus grands sjstèmes du monde de Gaulée, et l’autre sur la reconstitution des échanges entre philosophes et scientifiques à l’occasion de la conférence philosophique organisée pour la venue d’Einstein à Paris en 1922. Enfin nous avons initié un travail de recherche original depuis deux ans avec les Rencontres Arts / Sciences de la cognition. Le dernier volet de notre activité relève plus spécifiquement de la culture générale, en confrontant la communauté universitaire à la création artistique contemporaine.
Je laisse la parole à M. Jean Pierre Suzzoni et Michel Biotte pour lancer la réflexion sur la question du patrimoine scientifique tel qu’il se pose à l’Université Paul Sabatier.
II - Débat
Jean Pierre Suzzoni, Enseignant-Chercheur en zoologie à l’Université Paul Sabatier, membre et animateur du groupe de réflexion sur le patrimoine à l’Université Paul Sabatier : Je suis professeur de zoologie et je vais donc vous faire part de mon expérience personnelle. Il faut savoir qu’il existe à l’Université un tel enseignement depuis 1839 et donc à ce titre il a été constitué une collection de zoologie, collection de référence qui dans un premier temps illustrait la classification des différents groupes d’animaux. Il y a donc une collection importante d’animaux naturalisés avec des animaux relativement rares (pangolin, ornithorynque), des animaux aquatiques conservés dans des séries de bocaux, des coquillages, des cartons remplis d’insectes. Voilà une première collection, ensuite s’est développé un enseignement d’anatomie, anatomie comparée, avec la mise en évidence de séries évolutives d’un groupe à l’autre, au niveau des squelettes, des crânes, de la dentition, des membres. Donc, il y a des collections qui illustrent ces chapitres, cela va du crâne d’éléphant au crâne de souris.
Ensuite, il y a de manière épisodique des collections de plaques photographiques qui datent du début du siècle sous forme de diapositives, des posters didactiques, (souvenez-vous des cartes géographiques que nous avions dans l’enseignement primaire, nous avons les mêmes mais pour l’anatomie, le squelette d’un certain nombre d’animaux). Il y a aussi des moulages en plâtre. Une partie de ce matériel est encore utilisé à l’heure actuelle, mais à l’heure de Power Point et le l’illustration virtuelle, je me fais beaucoup de souci à propos de ces collections et je doute qu’elles soient utilisées encore pendant longtemps.
A cela s’ajoute du matériel que l’on peut trouver en laboratoire, des microscopes, de la verrerie ancienne, des appareils de mesure, des dispositifs expérimentaux, des ouvrages, parfois des tonnes de tirés à part, des cours anciens, de la correspondance scientifique, des archives de congrès, des cahiers d’expériences et même du mobilier. Tout ce patrimoine est en danger parce qu’à l’Université, il y a un manque chronique de place. Pour tenter de sensibiliser les publics à ces questions, nous avons entrepris avec le Service Culture l’organisation de cinq à six conférences annuelles accompagnées par une exposition. Le thème de cette année était consacré aux Sciences de la vie.
Michel Bilotte, enseignant-chercheur en Paléontologie, membre du groupe de réflexion sur le patrimoine à l’Université Paul Sabatier : Ce que je vais ajouter va recouper ce que vient de dire M. Suzzoni concernant le caractère historique des collections de paléontologie. On peut situer aux environs de 1810 les premières collections qui proviennent en fait du cabinet personnel de Picot de la Peyrousse, mais il s’agit essentiellement de minéralogie et toutes les collections de minéralogie viennent d’être transférées dans les réserves du Muséum.
Pour ce qui est de la Paléontologie, je pense que les collections tirent leur origine des années 1840 où Alexandre Laymerie nommé professeur de la Chaire de minéralogie, géologie a entrepris la constitution de ces collections. Entre les années 1830 et 1860, les apports ont été relativement importants et sont en relation avec le développement de la science géologique et autour de la recherche pétrolière où nous avons, en particulier sur le domaine pyrénéen, de très nombreuses thèses. Ce sont donc essentiellement à cette époque les étudiants qui ont déposé leurs récoltes dans ces collections. Ce n’est que depuis 10 ans environ que nous nous sommes penchés sur ces collections. Nous avons surtout travaillé depuis deux ans sur le catalogage. Dans le cadre de la gestion informatisée nous utilisons un logiciel identique à celui du Muséum, ce qui à terme simplifiera les choses puisque la convention entre l’Université et le Muséum prévoit que notre collection ira rejoindre, elle aussi, ses réserves. Je ne vous parle pas de tous mes états d’âme pendant ces dix années et sur ce qui va se passer à l’avenir lorsque j’aurai quitté le laboratoire.
Louis Chavant, enseignant-chercheur en Pharmacie, animateur de la Commission Culture de l’Université Paul Sabatier : Nous venons de vous exposer les problèmes spécifiques que nous connaissons avec le témoignage de M. Suzzoni et de M. Biotte ; nous avons un patrimoine et des collections importantes. Est-ce que l’Université Paul Sabatier, mais aussi les autres universités, ont une place à côté des acteurs culturels beaucoup plus visibles comme le muséum, la Cité de l’Espace, le CCSTI et laquelle ?
Quelle place pour les Universités et comment articuler l’Université avecles autres partenaires ?
Main Tounier : Je voudrais parler de la CCSTI au niveau national pour vous donner une idée de la façon dont en France on traite la Culture Scientifique. Par exemple, cette année, la Cité des Sciences a perçu de la part de l’Etat 87 rnil]ions d’Euros. Il y a d’autres établissements parisiens qui reçoivent aussi des subventions importantes, mais je ne cite que la Cité des sciences puisque nous sommes dans le même réseau et sous la tutelle du même Ministère. Le Ministère à distribué au reste de la France, 1,22 millions d’Euros. Voilà à peu près la répartition financière en France pour la Culture Scientifique. Si on regarde l’exemple de l’Espagne, ce sont les régions qui se sont approprié les questions de la culture scientifique et technique et l’on voit des établissements qui sont à la hauteur des ambitions des régions. Aussi, notre souci aujourd’hui est qu’il y ait une véritable décentralisation des moyens pour le développement de la Culture Scientifique en région.
Mais pour répondre à la question posée, la science évolue tous les jours, aussi il nous faut être obligatoirement en rapport permanent avec les universités et les domaines de recherche pour être toujours d’actualité.
Cité de l’Espace : Il me paraît important d’insister aujourd’hui sur un décloisonnement de l’Université. Dans notre partenariat avec l’Université, l’objectif était de pouvoir par exemple délocaliser des séances de Travaux Dirigés en les accueillant à la Cité de l’Espace. On a eu 1200 étudiants qui sont venus sur l’année universitaire, à peu près bien répartis par rapport aux disciplines. Les Mathématiques ont été les moins présentes et SVT la plus impliquée. Il me semble important de développer ce type de collaboration pour inciter les étudiants à sortir de leur fac et qu’ils aient ainsi une idée sur les questions liées à la vulgarisation scientifique.
Christiane Fortassin, Directrice du Service Culturel de Lille 1 : Le premier problème en ce qui concerne la Culture scientifique et Technique à l’Université est qu’il n’y ait pas d’histoire des sciences dans les enseignements pour tous les étudiants. Et ce n’est pas une chose, mais la première chose. Il me semble que l’on ne réglera pas la question du patrimoine si dans leurs enseignements les étudiants n’ont pas conscience de ce qu’est le patrimoine.
Je ne crois pas que ce soit avec la cité de l’Espace, ni avec Science animation (je n’ai pas de problème avec eux), que ce n’est pas en organisant des conférences ou des animations que l’on règlera les problèmes de patrimoine des universités, ni les problèmes de sa valorisation, ni ceux de sa conservation et encore moins celui des vocations scientifiques.
Mario Borillo, Directeur de Recherche émérite, IRIT, premier animateur et membre de la Commission Culture de l’UPS : Il me semble qu’il se dégage deux axes de nos propos. Le premier, celui du patrimoine, de son importance, de sa conservation, de la relation avec le passé, le présent et même son rôle pour le futur. Et un axe sur lequel je suis plus engagé personnellement, dont je souhaite que l’on parle aussi, même s’il n’est pas dominant dans cette réunion. La façon dont l’examen du patrimoine peut contribuer à faire prendre conscience de la manière dont la science est en train de bouleverser le monde.
Archives Municipales : Je voulais poser une question. Le patrimoine scientifique est à la fois composé de collections, de matériel, d’archives, de bibliothèques, c’est à dire de documents imprimés. J’ai l’impression qu’à l’Université, il y a une structure qui s’occupe des imprimés, qui est la bibliothèque, mais après, est-ce qu’il existe une structure, un service qui s’occupe des collections, du matériel, des archives ? Parce que pour moi, pour bien diffuser, il faut d’abord bien conserver. Si le patrimoine n’est pas classé, archivé, conservé, comment pouvons-nous le transmettre ?
Bibliothèque Universitaire Science : Conserver des animaux, des archives, des ouvrages, tout cela demande des conditions particulières pour chaque type d’objets, des possibilités de restauration, des moyens financiers extrêmement importants, des locaux adaptés, et aussi et surtout du personnel formé. Or les missions des universités, et c’est d’ailleurs le même problème pour les bibliothèques universitaires, sont d’abord des missions d’enseignement, de recherche, pour nous c’est la diffusion de la documentation pour l’enseignement et la recherche, et la mission patrimoniale, elle, n’existe quasiment pas. Donc, il est difficilement pensable qu’une université puisse se doter des locaux adaptés mais aussi de la cohorte de conservateurs, d’archivistes, sans compter les ateliers de restauration qui vont avec, pour pouvoir assurer la pérennité du patrimoine.
Le patrimoine, chez nous, nous l’avons, c’est cela le malheur, il occupe 20% de nos magasins, mais nous n’avons aucun moyen pour le conserver.
Louis Chavant : Peut-être qu’un des moyens est de développer les conventions de partenariat avec les structures de culture scientifique et technique ?
Catherine Gadon : La question qui se pose, au fond, est bien une définition et un inventaire des missions liées au patrimoine des universités qui pourraient être développées à l’échelle nationale pour mettre en synergie et rendre efficaces tous les acteurs concernés. Y-a-t-il à ce jour une méthode globale pour chacune de ces structures afin de penser la conservation, l’inventaire et la restitution publique de ces documents, matériaux ou collections ?
Michèle Cros : Je voudrais intervenir au sujet du personnel de l’Université, du personnel technique. Ces personnes n’ont pas forcément conscience du matériel et du patrimoine au milieu duquel elles évoluent tout au long de leur carrière. Je crois que le rôle de l’établissement serait pour tous les nouveaux entrants (et les autres) d’évoquer cette question et d’indiquer les précautions à prendre pour protéger ce patrimoine.
Jean-François Lapeyre, Muséum : A travers ce qui vient d’être dit autour de la table, il y a beaucoup d’items qui m’ont renvoyé aux réflexions préparatoires à l’émergence du programme du futur Muséum.
D’une façon générale, ce sont des domaines qui ont présidé aux positionnements du Muséum. Ce qui nous a conduit à ne pas aborder le positionnement du Muséum d’histoire naturelle en fonction des spécialités scientifiques auxquelles il aurait pu prétendre (par exemple cela a été longtemps la plus grande galerie de préhistoire de France), mais nous nous sommes centrés sur les métiers. Le premier métier, vous l’avez tous souligné, c’est l’acte de conserver. Première équipe que nous avons constituée, pour pouvoir travailler sur nos collections. Le deuxième métier qui a été pris en compte est l’acte d’exposer, parce que c’est un vrai métier que d’exposer. Ensuite, l’acte d’animer, parce que là aussi c’est un vrai métier que d’animer, de faire vivre et c’est avec ces métiers-là que nous avons pu imaginer ouvrir d’autres portes que celles qui concernent le regard scientifique. Et enfm, nous avons souhaité nous positionner pour faire face au flux d’information, interne à l’établissement, externe dans son environnement privilégié comme celui des partenaires, mais aussi de tous les publics. Nous avons créé un Département information et réseau.
Le Muséum peut se présenter en tant que conservatoire de collections mais aussi en tant que lieu d’exposition des résultats de la recherche. Les lieux de rencontres manquent ; le Muséum a aussi réfléchi sur sa mission de conservatoire des savoir-faire. Par exemple, à l’intérieur des problèmes de conservation des collections il y a aussi le concept du regard systématique et l’absence de systématiciens qui devient de plus en plus cruelle dans le paysage scientifique français. L’acte de conserver n’est pas seulement un acte de conservation d’objets mais aussi un regard que l’on porte sur la connaissance.
Michel Bilotte : Je voudrais ajouter, comme cela a déjà été dit, que l’Université effectivement n’a pas vocation à conserver, il y a d’autres instances pour cela. M. Lapeyre vient de nous le faire remarquer. L’autre problème est de permettre aux étudiants de connaître l’histoire des sciences, la valeur du patrimoine. Je peux vous dire que tout ce qui est de la culture scientifique, mes collègues s’en moquent. Je suis désolé, la seule chose qui compte pour eux, c’est d’avoir des gens qui au bout de cinq ans sont extraordinairement performants pour faire des thèses, pour rendre des résultats scientifiques.
Etudiant : Je suis un élu étudiant, je viens de l’UFR Pharmacie et je voudrais dire que dans notre UFR, il y a un musée et nous avons une personne qui s’en occupe. Je crois que nous sommes les seuls dans cette Université.
François Dedieu : Je voudrais apporter une précision. Contrairement à ce qui se dit ici, il a été question, tout au long des débats sur les nouveaux programmes d’enseignements à partir de la réforme du LMD, de culture générale, de la culture de la science, de l’histoire de la science, à propos d’un cycle où il est question de 15 heures d’enseignement. Etonnant, non ?
Archives Municipales : Il me semble, même si ce n’est pas sa vocation spécifique, que l’Université doit au moins prendre en compte cet aspect. Il faut savoir qu’il existe des organismes qui ont vocation à conserver les documents de l’Université, par exemple les Archives Départementales. Simplement, pour qu’elles reçoivent ces archives, il faut que l’Université au départ s’en préoccupe un peu. Elle doit s’organiser et se préoccuper de ces questions pour ensuite utiliser les compétences des structures concernées.
Sandrine Maloteaux : Pour approcher de la conclusion sur la question de la conservation, si nous nous résumons, il y a deux stades, le premier étant la préservation du patrimoine, avant qu’il soit confié à des organismes de conservation disposant des moyens, du personnel, des locaux adaptés. Il faut dire qu’à l’Université, nous avons déjà un problème au stade de la préservation ; le matériel ou les documents n’arrivent pas aux organes de conservation, faute d’une bonne préservation.
Michel Biotte : Je voudrais insister pour dire què moi-même, avant que ne soit mise en place la Commission Culture, je me suis souvent demandé à qui je devais m’adresser pour prendre la décision d’envoyer, de déposer, de jeter. En fait, on est libre de faire ce que l’on veut, on n’est jamais contrôlé.
Robert Nadal : Je voudrais apporter mon témoignage sur la question de la mission ou non des université sur les questions de patrimoine. Je dois dire que j’ai monté une Commission Patrimoine à l’Observatoire Midi-Pyrénées, tout simplement parce que l’on m’a demandé de débarrasser le laboratoire de toutes ces vieilleries. Mon travail depuis dix ans consiste à répartir dans des endroits appropriés tout ce que nous avons. C’est comme cela que nous avons placé des documents aux Archives Municipales, des livres anciens aux fonds anciens des Bibliothèques. Il ne me reste plus qu’à régler leur compte (si je puis m’exprimer ainsi) aux instruments anciens que nous avons. Nous avons réglé le problème des grands instruments en les laissant à la disposition de la ville qui les met à la disposition des adhérents de l’association d’Astronomie populaire. De ce côté nous sommes assez satisfaits. Je me rends compte à vous écouter que nous sommes peut-être l’un des rares laboratoires à s’être posé la question de la préservation. Nous sommes obligés de nous en séparer parce que nous n’avons pas les moyens de conserver.
Christiane Fortassin : La question du patrimoine est inscrite dans la loi de 1984, il n’y a pas eu de décrets, mais il faut une volonté politique des universités pour traiter de ces questions. La preuve, celle de Strasbourg a su gérer ce problème.
Catherine Gadon : Evidemment, il est difficile de conclure sur l’ensemble des problèmes que soulève la question du patrimoine et nous n’avons pas vraiment le temps de traiter de l’information et de la diffusion de la culture scientifique et technique aujourd’hui. Il faut souhaiter que cette question soit à l’ordre du jour d’une prochaine réunion de ce type.
compte-rendu présenté par Catherine Gadon, Responsable du Service Culture de l’Université Paul Sabatier
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