à la une

Les Éditions du Patrimoine présentent CENT 1% par Philippe Régnier Les grandes réalisations issues du 1% artistique : de Matisse à Boltanski, de Picasso à Othoniel. Un (...)

  (Lire la suite)


ministères
La culture dans les schémas régionaux
La culture à la trappe
février 2001

Que circule la circulaire
À notre avis
télécharger le projet de circulaire

Que circule la circulaire

On peut bien célébrer, voire concélébrer le centenaire de la Loi de 1901. On peut très bien vanter le formidable potentiel d’innovation du mouvement associatif. Toutes ces belles proclamations ne doivent pas complètement faire illusion : on craint l’indépendance parfois si dérangeante d’associations actives. Et, s’imaginant qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même, on feint d’oublier l’existence de partenaires, utiles lorsqu’il s’agit de défricher, encombrants lorsque le temps est venu de faire la récolte. Depuis 1990, A+U+C s’efforce d’être un lieu de réflexion, un lieu d’échanges et de mutualisation, un lieu de propositions en direction de tous ceux et toutes celles qui pensent que l’action artistique et culturelle n’est pas qu’un supplément d’âme pour campus en mal d’image ou étudiants en peine de distractions. Voici plus de dix ans que nous tentons, à grand renfort de réunions, d’expérimentations et autres publications, de faire entrer dans les têtes et dans les mœurs que le soutien à l’art et à la culture fait partie des missions naturelles des Universités. Ce faisant, nous avons toujours eu la conscience aiguë d’une double nécessité : celle de respecter la singularité de chaque établissement, tout en définissant des principes, un cadre général, des moyens communs. Ainsi, grâce à l’indépendance que lui procure son statut associatif, notre réseau a été à même de repérer les deux dangers qui rôdent en permanence dans les établissements : la confiscation du projet culturel par une équipe au pouvoir, la dilution démagogique dans une nébuleuse vie de l’étudiant.

Or tout ce capital d’expertise lentement constitué a été délibérément tenu pour négligeable dans la période récente. Nous ne reviendrons pas sur le désastreux Groupe de pilotage interministériel, rapidement asphyxié pour avoir été expédié en orbite sans pilote ni plan de vol, mais aussi sans perspectives ni ouvertures. Plus récemment - mais depuis de longs mois néanmoins -, on parlait d’une nouvelle circulaire interministérielle, consacrée exclusivement à la politique culturelle dans les établissements d’enseignement supérieur. Le texte était conçu dans le plus grand secret. Du moins à notre égard : lorsque nous avons naïvement proposé notre modeste contribution à cette réflexion, on a refusé catégoriquement de nous communiquer le texte en cours d’élaboration... sous prétexte qu’il n’était pas définitif ! Cela dénote pour le moins une curieuse conception du débat, des amendements et de la participation des acteurs. Pour notre part, dès que le texte a été en notre possession, nous avons décidé de le mettre à disposition de tous ses utilisateurs potentiels.

(haut de page)

À notre avis

Ce texte a un grand mérite : il se place d’emblée dans la perspective de la loi du 26 janvier 1984, dans l’interprétation que notre association en a toujours défendue, contre vents politiques et marées contraires. De même, il fait de la définition d’une politique culturelle un élément central du projet d’établissement ; il rappelle utilement d’ailleurs les différents ingrédients permettant de constituer une politique culturelle (existence de moyens spécifiques, de lieux consacrés, d’objectifs clairement identifiés). La première partie du texte est donc plutôt positive, en ce qu’elle s’inscrit dans une perspective constructive qui constitue un progrès sensible.

Cela étant, s’il n’y a que peu à dire sur les dispositions relatives à l’insertion dans le territoire et aux liens avec les milieux professionnels, le texte se ressent beaucoup d’un manque de connaissance sensible du terrain. Ainsi, on ne peut que s’étonner de la recommandation qui est faite de confier la direction des services culturels à des professionnels extérieurs à l’établissement. C’est en effet véritablement méconnaître les conditions de légitimation de l’action culturelle dans l’université que d’avancer ce type de solution : toutes les expériences conduites à ce jour plaident pour que, comme les autres services de l’université, le service culturel soit dirigé par un enseignant-chercheur. Lequel pourra et devra évidemment s’entourer de professionnels qualifiés. Encore faudrait-il, pour faciliter la constitution des équipes, que les grilles d’emploi de l’administration universitaire comportent les définitions de postes nécessaires au bon fonctionnement d’un service et/ou d’un équipement culturels.

Deuxième critique sérieuse : le projet écarte d’entrée la solution du service commun au profit d’un vague service général. Nous expliquera-t-on enfin pourquoi la culture devrait être traitée différemment du sport, de la santé, des bibliothèques et de la formation continue ? Sans doute parce que le service général reste sous le contrôle direct du président et de son proche entourage. Ce refus du minimum d’autonomie nécessaire à la constitution d’un projet artistique est également sensible dans cette espèce d’usine à gaz contribuant à mettre le service général sous la surveillance d’une commission « Arts et Culture » dirigée par un « conseiller culturel ». Que diable, faisons simple, faisons sûr. Il ne semble pas que les services communs aient donné, à ce jour, l’image de lieux de désordre au sein de l’institution. Leurs statuts n’en donnent pas moins toutes les garanties de contrôle par les instances d’administration de l’université.

La troisième critique touche non plus à la forme mais au fond. Dans la deuxième partie notamment - consacrée aux axes prioritaires du partenariat Éducation-Culture -, apparaît la principale faiblesse de ce projet de circulaire : l’instrumentalisation de l’action culturelle universitaire. Qu’il s’agisse de l’inscription des pratiques artistiques dans les cursus, de la formation continue des professionnels, de la recherche, du soutien aux pratiques amateurs ou encore de l’incitation à la fréquentation des institutions culturelles, on a le sentiment que l’art et la culture, à l’université, doivent toujours être utiles à quelque chose. Utiles pour l’insertion dans la communauté universitaire, pour apprendre à prendre des responsabilités, pour compléter la formation des artistes, pour obtenir quelques points de plus à la fin de l’année, pour les chercheurs des disciplines artistiques et culturelles... Comme si les auteurs du texte craignaient qu’on leur reproche on ne sait quelle incitation à l’oisiveté, ils ont réduit l’action culturelle à une simple instruction artistique. Mais à force de vouloir trouver des arguments, on finit par oublier l’objectif. Pourquoi ne pas dire, tout simplement, que les pratiques artistiques et culturelles, parce qu’elles constituent ce qu’il y a de plus précieux dans la formation d’un individu, sont forcément gratuites ? Pourquoi ne pas reconnaître que cela n’a pas de sens de prétendre comptabiliser le bonheur de pratiquer un art ou d’apprécier un artiste ? Pourquoi ne pas admettre qu’il est contre-nature de vouloir « rentabiliser » la culture ?

Il faudra certainement du temps encore, beaucoup peut-être, avant qu’on ne reconnaisse cette dimension à l’action culturelle universitaire. Mais l’optimisme est de rigueur. Parce qu’il intègre une partie des revendications formulées depuis longtemps par les pionniers d’Art + Université + Culture, ce projet de circulaire constitue une avancée significative. Nous ne bouderons pas notre plaisir.

Claude Patriat & Isabelle Mathieu

(haut de page)